Interview de membre du jury


Stevens Chemise est Ingénieur E.S.T.P, Responsable BIM chez GRAITEC Innovation (sponsor Gold du Concours BIM et éditeur du logiciel ArchiWIZARD). Par ailleurs, il est un des membres du jury du Concours BIM.

Bonjour Stevens, merci de répondre à cette interview. Tout d’abord pouvez-vous nous en dire plus sur les raisons pour lesquelles Graitec soutient le Concours BIM 2019 ?

En quelques années, le concours BIM a acquis une notoriété importante et compte parmi les événements majeurs pour les passionnés d’architectures. Il met en lumière des talents, à la fois en conception mais aussi dans la maitrise des outils numériques, nécessaire à une bonne illustration et valorisation du projet. Graitec est un acteur international, spécialisé dans l’édition et la mise en place de solutions destinées à la conception, la simulation, la fabrication et la gestion de projet BIM. En ce sens, il était parfaitement cohérent et légitime pour nous d’encourager et de soutenir les valeurs portées par ce concours que nous partageons comme promouvoir le BIM, favoriser la collaboration interdisciplinaire, ou encore déployer le numérique et l’appréhender comme une opportunité d’améliorer la construction et la maintenance des ouvrages.

Justement, que pensez-vous du projet de l’édition 2019 ? Les candidats devront proposer un projet de centre socio-culturel situé au cœur du quartier mythique des Pyramides à Évry-Courcouronnes. Pour ce faire, ils devront adopter une démarche BIM.

Cette nouvelle édition du concours offre un exercice de réflexion parfaitement adapté aux grands enjeux de demain. D’ici 2050, d’après les tendances actuelles, plus de deux tiers de la population mondiale habitera les villes, ce qui demandera de penser la ville intelligente autrement : connecté, modulable, écoresponsable dans sa conception et son évolution. Séparer radicalement les lieux d’habitation, de travail, de loisirs ou de services ne pourra plus être un modèle soutenable a priori, notamment par les flux de trafics induits par cette configuration. Aussi, ce projet proposé par la ville nouvelle d’Evry présente à la fois des enjeux multiples, mais aussi des contraintes, l’une d’elles étant notamment cette spécificité technique de la construction sur dalle, caractéristique du quartier des pyramides. Quant aux choix d‘un centre socio-culturel, il me parait bien adapté au contexte de ce quartier paupérisé ou la création d’un espace de croisement dynamisera la mixité sociale. La démarche BIM permettra sans aucun doute de trouver les réponses les mieux adaptés face aux questions soulevées par la thématique de ce concours.

Pouvez-vous nous en dire plus sur une des consignes du concours : garantir les performances énergétiques du projet proposé ?

Nous sommes clairement dans un contexte sociétal et politique où le sujet de la transition énergétique figure parmi les plus prépondérants. L’industrie du bâtiment est identifiée comme l’une des activités qui compte parmi les plus énergivores. Ainsi, les aspects énergétiques et environnementaux sont déjà des problématiques au cœur des préoccupations de nombreux professionnels de la construction (particulièrement des agences d’architectures), mais aussi des futurs occupants, désireux de vivre dans des habitations efficaces énergétiquement. L’idée de cette consigne n’est donc pas d’imposer la réalisation d’études thermiques précises, mais plutôt de pouvoir présenter et justifier une conception éco-responsable, c’est à dire pensé dans une logique d’optimisation de la performance thermique et de la consommation énergétique de l’ouvrage.

Concrètement, que va permettre de faire un logiciel tel qu’ArchiWIZARD ?

ArchiWIZARD est un logiciel de simulation énergétique, permettant notamment dès l’esquisse du projet, une visualisation graphique temps réel simple, des principaux indicateurs de performance. Interopérable avec les plateformes de modélisation BIM, ArchiWIZARD pourra exploiter les informations d’une maquette 3D pour simuler entre autres l’ensoleillement, l’irradiation des façades, l’éclairage naturel, le confort des occupants jusqu’à des simulations de la consommation du bâtiment. Grâce à ce logiciel, les candidats pourront donc directement visualiser l’impact de l’orientation du bâti par exemple, des façades vitrées, de la végétation, des bâtiments environnants ou bien de la pose d’équipement photovoltaïque et ceux, afin de réaliser les meilleurs choix architecturaux.

Vous serez membre du jury, lors des délibérations qu’allez-vous regarder en priorité dans les projets ?

La majeure partie des candidats est d’ores et déjà habitué à répondre à des concours et donc comme pour tous concours, le respect des consignes est essentiel et sera logiquement étudié. Le jury cette année est composé essentiellement d’architectes reconnues et je serai l’un des rares ingénieurs bâtiments à en faire partie. Naturellement, j’aurai a priori un regard autre et je serai probablement sensible à des aspects différents. Pour ma part, c’est la troisième fois que j’ai l’opportunité de faire partie d’un jury de concours et de mon expérience personnelle, systématiquement, la hiérarchisation des projets est corrélée aux questions soulevées par la singularité de chaque projet : Doit-on privilégier une architecture plus conventionnelle répondant mieux aux critères programmatiques ou bien une plus innovante moins optimisé ? En quoi l’intégration architecturale de ce projet est meilleure ? Comment s’il est choisi, un projet proposé pourrait-il évoluer dans le futur ? Compte tenu de la qualité des projets proposés lors des éditions précédents, les délibérations s’annoncent clairement complexes et les candidats pourront définitivement s’exprimer au travers de tous types de style architectural, notamment grâce à la richesse des profils qui composent le jury.

Plus largement, que voulez-vous dire aux candidats du concours ?

Tout d’abord, je tenais à féliciter tous ceux qui participent à ce concours pour leur engagement et leur souhaiter bonne chance. L’équipe en charge de l’organisation de ce concours a fait son maximum pour que celui se déroule dans les meilleures conditions pour les candidats. Par exemple, en tant que Sponsor, nous avons mis à disposition gratuitement le logiciel ArchiWIZARD aux candidats, ainsi que des vidéos de formation et un support technique leur est également mis à disposition afin que ceux-ci n’aient aucun frein à leur proposition de projets. Aussi, je pense que ce concours est une formidable opportunité à saisir pour tous profils de candidats. Il donne l’opportunité de réaliser un projet à la fois valorisant pour les étudiants qui consolideront leur employabilité future, mais aussi pour les professionnels qui bénéficieront d’une visibilité importante.

Enfin, quels projets menés en BIM ont attiré votre attention récemment ? Pour quelles raisons ?

En Europe, les récentes études en matière de taux d’utilisation du BIM placent la France en 3ème position, derrière le Pays-Bas et l’Angleterre. Même si la démarche BIM n’est pas systématique et généralisée, différentes initiatives comme ce concours encouragent la transformation du secteur qui est inéluctable. Les retours et cas d’usages en BIM se sont donc multipliés sur tout types de projets, de la maison individuelle à des ouvrages de grandes dimensions, aussi bien en conception qu’en exploitation, en passant par l’optimisation des méthodes de chantiers. Il est difficile de comparer ces projets BIM réalisés car chacun à des spécificités propres et traite d’une problématique spécifique : l’intégration de bibliothèques d’objets BIM intelligents, l’optimisation des surfaces, des coûts, de dimensionnement de réseaux …. Evoluant dans un groupe international, j’ai l’opportunité de travailler avec d’autres pays qui ont – sur certains aspects – des priorités en matière d’implémentation du BIM différentes. Toutefois, je dirai que j’ai été sensible à deux typologies de projets BIM. La première typologie sont les projets réalisés à l’échelle de la ville, avec les problématiques notamment d’infrastructure. En effet, depuis des années le BIM est souvent utilisé dans le cadre d’une construction spécifique et nous pouvons aujourd’hui sentir, les prémices d’une utilisation du BIM à une autre échelle, par notamment une convergence entre BIM et SIG. La seconde typologie de projet ayant attiré mon attention sont les projets en BIM exploitation, intégrant des objets connectés. La aussi, les réalisations pionnières montrent comment l’Internet des objets peut aider les gestionnaires de bâtiments dans leur métier, pour une meilleure maintenance de l’ouvrage et un meilleur confort des usagers.

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